Archives de catégorie : Informatique

L’informatique est, à l’origine, une science, celle du traitement de l’information (au sens du concept d’information). Mais comme toute science qui s’intègre profondément dans les comportements des citoyens, elle est sortie du stade de la science, pour envahir le marché de la technologie de masse (smartphones, tablettes et autres objets connectés). Cette science est devenue petit à petit l’outil favori de grandes entreprises faisant des profits records et s’invitant ainsi au cœur de la politique, de l’économie, de la géostratégie et, plus récemment, représentant, selon certains observateurs ou organisations, une menace pour nos vieilles démocraties.
Les articles de cette section traiteront à la fois d’aspects fondamentaux liés à la science mais aussi à certaines conséquences insidieuses pour nos sociétés..

De l’urgence de prendre conscience

Au début des années 2000, c’est-à-dire au moment de la démocratisation de l’internet, l’utilisation du numérique se résumait essentiellement à visiter des blogs, à consulter quelques grands sites d’informations (générales ou thématiques) et le commerce en ligne n’inspirait que les consommateurs les plus audacieux. Google était alors un moteur de recherche comme d’autres mais qui se distinguait par sa grande sobriété en affichage publicitaire. Mais ça, c’était avant …

…. avant la naissance d’un modèle économique permettant aux géants de la Silicon Valley de tirer profit d’une nouvelle matière première: la donnée (qu’elle soit personnelle, professionnelle ou étatique). Ce nouveau modèle économique porte un nom, donné par Shoshana Zuboff

Shoshana Zuboff at Alexander von Humboldt Institut.jpg

Dans son ouvrage intitulé « L’âge du capitalisme de surveillance » qualifié par le Financial Times de « révolutionnaire, magistral, alarmant, alarmiste, fou, immanquable », Shoshana Zuboff décrit dans quoi le monde a basculé dans l’indifférence totale voire la complicité ignorante : le capitalisme de surveillance dont nous commençons enfin à voir les conséquences:

  • une destruction de pans entiers de notre économie (Amazon versus notre grande distribution, Uber versus nos taxis, Airbnb versus notre hôtellerie, Netflix versus nos chaînes de télévision traditionnelles)
  • une main mise sur notre souveraineté dans des domaines aussi fondamentaux que notre armée, notre éducation, et pire encore, cet été, toutes nos données de santé avec le Health Data Hub. qui livre, sur un plateau, l’ensemble des données de santé de tous les citoyens Français.
  • une captation méthodique et exhaustive de toutes nos données, mais surtout de tous nos comportements, sur les réseaux (Instagram, Whatsapp, Facebook, Google, les enceintes connectées d’Amazon, de Google, Cortana, la télémétrie incluse dans MS Office et MS Windows, Skype, Teams)

Bien évidemment, on peut se dire qu’on sait déjà tout cela, que des lanceurs d’alerte comme Edward Snowden ont déjà expliqué, mis au jour par des documents officiels internes sortis par milliers et livrés aux grands médias, les rapports bilatéraux entre ces géants et le gouvernement américain.

Mais il s’agit de bien plus que cela en réalité: on a franchi le cap, depuis une dizaine d’années, de la collecte et de l’analyse comportementale, ça n’est plus suffisant pour cibler de la publicité. Pour rendre les algorithmes plus efficaces, on y inclut la modification de l’état psychique de l’utilisateur. Le plus étant d’augmenter la prédictibilité des comportements des utilisateurs, celle-ci est d’autant plus fiable que l’utilisateur est « radicalisé ». Les apprentis sorciers que sont devenues les plateformes détenant le monopole des réseaux sociaux, n’hésitent plus à modifier / dégrader des liens sociaux dans des régions ou dans des pays entiers pour en tirer meilleur profit.

Voilà ce que Shoshana Zuboff décrit méthodiquement, en livrant l’historique complet de cette évolution des « GAFAM » vers ce modèle économique. Elle y décrit les relations entre ces firmes, comment elles ont coopéré, se sont mutuellement inspirées, cite les personnages clé qui ont permis ce basculement. Pour un peu plus de détails sur le travail de Shoshana Zuboff, je vous conseille ce très bon article du Monde Diplomatique.

L’élection de Donald Trump grâce à la manipulation d’un nombre de citoyens « targuettés » par Facebook à la demande de la société Cambridge Analytica, le massacre des Rohingyas, le Brexit, toutes ces situations de tension extrême entre des citoyens, possèdent un dénominateur commun: l’hystérisation volontaire des individus les plus réceptifs à leur fil d’actualités sur les réseaux sociaux.

La situation de quasi guerre civile que vivent les citoyens américains est très probablement la plus révélatrice de la capacité de ces firmes à radicaliser, polariser des citoyens sans qu’ils ne puissent prendre conscience qu’ils sont en fait totalement manipulés.

Et c’est là le plus grand danger: ne plus croire aux grands médias en pensant s’informer soi-même, mieux, par du contenu « alternatif », qui, en fait, est parfaitement orienté et ciblé pour l’utilisateur par le réseau social lui-même en fonction de l’analyse comportementale de l’utilisateur.

Il n’est pas si simple de bien comprendre ce principe, tant on est persuadé que l’outil numérique ne serait qu’un outil, c’est à dire un instrument à notre service, alors qu’en réalité, c’est davantage un instrument au service des firmes transformant, par des algorithmes toujours plus raffinés, l’utilisateur en zombie toujours plus accro au réseau.

Une très bonne introduction à cette problématique à travers une petite vidéo produite par France télévision.

Pour aller beaucoup plus loin, et comprendre l’histoire, le rôle des gouvernements, les acteurs humains au cœur de l’aventure, les mécanismes d’analyse comportementale, je vous recommande chaudement une interview remarquable (mais longue, un peu plus de 2 heures) de Tariq Krim et Bernard Benhamou. Cette interview réalisée par Thinkerview est disponible sur leur site (attention au son pendant les 3 ou 4 premières minutes dégradé par un micro un peu défectueux).

Alors, « prendre conscience », ça voulait dire quoi ? Il n’est pas évident de se défaire de ces réseaux sociaux, surtout quand tout notre entourage s’y trouve. Se couper de ces réseaux revient souvent à s’isoler. Il n’est pas non plus évident d’éviter au maximum Youtube vu qu’il détient sur la plupart des vidéos, une exclusivité totale. Il n’est pas évident de réfléchir à ses habitudes informatiques (windows, office, zoom, google) et de remettre en question leur bien fondé / leur réelle nécessité. Il n’est pas évident de faire ses courses ailleurs que sur Amazon. Je ne vais pas poursuivre la liste, vous avez compris.

Mais le constat aujourd’hui montre à quel point c’est devenu nécessaire. Chaque utilisateur / consommateur détient une immense part de pouvoir, certainement plus importante encore que son bulletin de vote. Car nous détenons tous, individuellement, donc finalement collectivement, la responsabilité dece que nous subissons de la part de ces firmes: nous sommes en fait les acteurs principaux de l’histoire.

Certains diront que ce n’est pas à nous de nous occuper de tout cela, que c’est à l’État de faire la police, et au minimum de faire payer les impôts à ces firmes, mais quand on y songe un peu, on voit que tout parti ou personnalité politique agit en réaction de la société pour obtenir le pouvoir. C’est bien à nous de prendre conscience, réfléchissons ensemble, parlons-en, formons-nous, et avançons 🙂

Le C, un langage de bas niveau ?

Voilà une question étrange. Selon Alan Perlis , « un langage de programmation est bas niveau lorsqu’il nécessite de faire attention aux choses qui ne sont pas pertinentes »

Il y a de nombreuses façons d’interpréter le « pas pertinentes ». Prenons un exemple un peu technique mais révélateur. Les réels en machine sont stockés sous la forme d’approximations flottantes. Sur 64 bits, un flottant est constitué d’un bit de signe s, puis de 11 bits pour stocker son exposant e en base 2 et enfin de 52 bits pour sa mantisse m. L’interprétation se fait grâce à la formule

    \[(-1)^s * 2^{e - 1023} \left(1 + \frac{m}{2^{52}}\right)\]

Si on souhaite, à partir d’un flottant récupérer les trois champs s, e et m, comment s’y prendre ? Chaque langage proposant des fonctionnalités bien particulières je propose dans la vidéo qui suit un comparatif en langage C et en langage Ada qui permet de mieux saisir la phrase d’Alan Perlis et d’aborder des aspects souvent ignorés des néophytes de ces langages.

Voyons comment on fait en C :

Et en Ada:

Compléments en LyX

Dans ces vidéos, quelques astuces et informations pour rédiger de beaux documents avec LyX.

Commenter des formules avec des accolades inférieures ou supérieures

Utilisation plus approfondie de Minted

Télécharger le fichier de couleurs proposé dans la vidéo et le copier dans votre home en créant les répertoires indiqués. Il est possible de recopier dans un terminal fraîchement ouvert

mkdir texmf/tex/latex/couleurs

puis de copier le fichier téléchargé dans ce dossier

Interaction LyX et LaTeX

Mes sélections du moment

Comme je ne voulais pas créer un article pour chacun, je vous transmets quelques liens, classés par thèmes, que je recommande chaudement.

Une magnifique présentation de la mécanique quantique par Julien Bobroff :

Restons quantique, mais pas seulement, avec monsieur Alain Connes. Beaucoup moins accessible, mais parfaitement délicieux pour qui a déjà un bon bagage en maths :

Alexandre Astier, « quanticomique » :

En plus terre à terre, plus technophile, mais très clair et très sympathique, Adrien D et son site https://www.linuxtricks.fr et sa chaîne https://www.youtube.com/channel/UCDKPGD9T00eS_l–D_DRTUQ

Côté maths, ça ne changera pas, la référence (surtout pour son forum incroyable) : http://www.les-mathematiques.net/phorum/ Bon, certes, c’est un poil austère, mais alors, quel contenu !

Il y a aussi ce jeune homme qui produit des vidéos que je trouve très intéressantes sans pour autant choisir des thématiques mathématiques faciles. https://www.youtube.com/channel/UC0NCbj8CxzeCGIF6sODJ-7A

Et pour finir en musique, l’incontournable David Louapre sur sa chaîne Science Étonnante:

Petit guide d’installation (lyx / latex, sage, fpc, geany …)

La distribution Linux qui va bien

Dans ces vidéos, j’imagine que vous avez déjà installé une distribution Linux de base Debian (ce qui inclut Ubuntu ou Linux Mint). Le net regorge de vidéos expliquant pas à pas la démarche (si vous avez déjà un autre système, comme windows par exemple, l’installation proposera un double démarrage, pas d’inquiétude). Il est aussi possible, pour les moins téméraires, d’installer une machine virtuelle (par exemple avec Virtualbox). Je ne traite pas des installations sur les autres distributions car, d’après mon expérience, le public concerné saurait déjà faire ce que je dis (exceptée peut-être l’astuce pour utiliser minted dans LyX qui requière l’installation de pip3)

Les paquets logiciels nécessaires

Une fois la distribution installée, on peut faire ses courses et aller chercher quelques applications fort utiles quand on fait des maths ou de l’info. Je vous montre comment installer mes favorites, résultat d’un certain nombre d’années d’expériences de tous ces outils et d’autres que j’ai éliminés (mais qui peuvent très bien convenir à certains utilisateurs je n’en doute pas).

De quoi écrire des maths et insérer du code dans des documents efficacement

Voilà c’est parti pour installer tout ce qu’il vous faut en une (voire deux) ligne(s) de commande :

On configure LyX et on fait ses premiers pas avec des raccourcis efficaces

Et maintenant, on configure LyX (avec la petite astuce pour colorer la syntaxe via le paclage Minted) et rédiger de jolis documents :

Comme promis, un petit guide pour taper des maths efficacement en LyX (attention ce n’est pas suffisant, mais bon, il faut déjà bien commencer !)

Utilisation de Sage (en terminal et dans un navigateur)

Un reste, loin dans la suite de Fibonacci

Épisode 1 : ça parle de quoi cet article ?

Le plus simple est que je vous le raconte en vidéo 😉

Petite remarque: dans cette vidéo je donne un ordre de grandeur du nombre de chiffres de F_N. Mais en fait en notant r=\frac{\ln\phi}{\ln10}, en majorant \ln(1+x) par x (pour x>0), on obtient assez facilement

    \[nr-\frac{\ln5}{2\ln10}-2^{-n}<x<nr-\frac{\ln5}{2\ln10}+2^{-n}\]


Pour n=N=10^{18} on obtient au dixième près

    \[x\sim208987640249978733,8\]


ce qui montre que F_{N} possède exactement 208987640249978734 chiffres.

Épisode 2 : si on essayait …

…malgré tout de coder le calcul des termes dans un langage compilé ? (ou encore: si je trouvais un prétexte pour jouer avec le langage Ada ?)

Première partie :

Deuxième partie :

Troisième épisode : les maths à la rescousse !

Un peu d’algèbre linéaire et la fameuse « exponentiation rapide ». Un algorithme qui décoiffe 🙂

Quatrième épisode : encore des maths !

Mais là, on part dans le monde de l’arithmétique modulaire pour appliquer l’algorithme d’exponentiation rapide

Épilogue

On implémente tout ce qu’on a vu en Ada pour donner une réponse instantanée à notre problème

Erratum: il s’agit de monsieur Daniel Feneuille (et non David) dont je voulais parler. Au passage, ses cours sont disponibles ici : https://ada.developpez.com/cours/iut/

Je vous parlais aussi d’un papier que j’ai rédigé sur les suites récurrentes linéaires d’ordre 2 (pour un public averti) :

2020 en France naissance d’un CAPES d’Informatique ?

On parle du recrutement de 1500 postes de professeurs d’Informatique sur la France. Sur environ 3000 lycées, il va falloir chercher la virgule pour couper des profs en deux.

Il y a un début à tout et l’initiative était à prendre d’urgence. Car oui aussi incroyable que cela puisse paraître, il n’y a pas, en France en 2020, de professeur d’informatique à proprement parler.

La raison est simple. Qui comprend vraiment quelque chose à l’informatique ? Je ne parle pas de cliquer sur un bouton pour fermer une fenêtre, ou utiliser tel ou tel logiciel, ou poster 30 stories par jour sur tel ou tel réseau social. Je parle de compréhension des concepts.

Un citoyen qui doit voter pour tel ou tel candidat doit comprendre les enjeux liés aux bouleversements que cette science, conjuguée aux nouvelles capacités technologiques, peut engendrer.

L’intelligence artificielle est un fantasme tant qu’on ne comprend pas comment elle fonctionne: son carburant, son moteur, ses limites. Mais avant de parler d’I.A, il y a tellement de concepts fondamentaux à appréhender ! Ils ne sont pas naturels, tout comme ne le sont pas l’addition, la multiplication, la division, les fonctions, les vecteurs etc.

Ouf, un CAPES est créé. Que va t-on y enseigner ? Qui va daigner faire ce métier ? Les compétences nécessaires pour apprendre l’essentiel sont-elles en rapport avec le salaire que pourront espérer les jeunes promus ?

Désolé pour le lien vers Youtube (Mr Dowek n’a pas partagé ailleurs à ma connaissance). C’était en 2015 mais les questions restent les mêmes en 2020.